FORUM DE LA MARCHE NORDIQUE DE L' EAPE 76

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    Vieux marathoniens qui parfois courent pour mieux encaisser les coups de la vie....Témoignage poignant sur l'arrivée de la petite Thelma

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    Duboc Patrice

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    Vieux marathoniens qui parfois courent pour mieux encaisser les coups de la vie....Témoignage poignant sur l'arrivée de la petite Thelma

    Message par Duboc Patrice le Lun 21 Mar - 18:12

    Je vous fais partager un témoignage poignant d'un sportif coureur (qui pourrait être marcheur aussi !!) qui m'a touché.


    Thelma

    Je bois un verre debout, au zinc, un verre de vin rouge pas très bon mais qui me fait un bien fou.
    Plus tôt dans la journée, j’ai appris la naissance de Thelma.
    L’accouchement a eu lieu en Savoie, chez nous, tout s’est bien passé, parfois tout de même les choses se passent bien.
    Je bois mon verre lentement, trempé de sueur après dix bornes courues à vive allure sur les quais de Seine.
    Je réalise que je dois avoir une sacrée dégaine avec ma tenue de coureur à siroter un verre de vin dans un bar élégant du 7ème arrondissement.
    Mais ça m’est égal. Je regarde les premières photos de Thelma sur l’écran de mon téléphone.
    La petite est magnifique. Un beau bébé de 3,8kg. Elle dort.

    Aurélie, sa maman, était enceinte de cinq mois lorsque Matthieu a été assassiné au Bataclan.
    Chaque semaine durant cet interminable hiver d’après le 13 novembre, je lui ai rendu visite en courant.
    Nous papotions d’elle, de sa grossesse, elle m’interrogeait sur mon livre, restait curieuse de tout.
    Et puis je jouais au foot dans le couloir de l’immeuble avec Gary, le grand frère de Thelma.
    Gary, trois ans à peine, petit homme d’un courage à arracher les larmes.
    Il a perdu son papa, a compris que son papa ne reviendrait pas, mais il se bagarre, il apprend, il déconne parfois.
    Il est malin le petit Gary et il aime taper dans le ballon.
    Souvent, après nos parties de foot, nous épluchions une mandarine que nous partagions ensuite sur le canapé.
    Lui, assis sur mes genoux, me parlant de dinosaures. Il en est dingue de ses dinosaures.




    Un hiver est passé.
    Le 15 novembre dernier, apprenant la mort de Matthieu au milieu de la nuit, j’étais immédiatement sorti courir sur les quais de Seine.
    A l’époque, j’avais suivi mon instinct, cet instinct des vieux marathoniens qui parfois courent pour mieux encaisser les coups de la vie.
    Courir était alors tout à la fois un geste de colère et de chagrin.
    Combien de ces kilomètres thérapeutiques si chargés de sens ai-je couru avant la naissance de Thelma ? Beaucoup plus d’un millier sans doute…

    La petite est née quelques jours avant l’arrivée du printemps.
    Evidemment, j’y ai pensé un peu plus tôt en cavalant le long du fleuve.
    C’est là, entre le pont de la Concorde et la passerelle Solferino, que j’ai décidé de m’arrêter dans un bar sur le chemin du retour.
    Peu importe le bar, me suis-je dit alors, un troquet parisien fera l’affaire, boire un verre pour fêter la naissance de Thelma : Matthieu, je crois, aurait aimé ça. Le garçon du café se plante devant moi.
    Il voit bien que je suis ému, me demande si ça va, si j’ai besoin de quelque chose.
    Je lui explique. Je lui montre une photo de la petite dans les bras d’Aurélie.
    Il opine du menton et me ressert un verre, semble hésiter et puis finalement s’en sert un aussi.
    Nous trinquons. « A Thelma », me dit-il.
    Voilà que j’ai les larmes aux yeux d’un seul coup.






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