FORUM DE LA MARCHE NORDIQUE DE L' EAPE 76

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    Quand la marche réunit le sportif et le non sportif

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    Duboc Patrice

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    Quand la marche réunit le sportif et le non sportif

    Message par Duboc Patrice le Lun 12 Sep - 18:12

    La marche salvatrice peut réunir le sportif et le non sportif

    Bonne lecture

    Patrice


    Les yeux de louve


    Elle tremblait lorsque je lui tins la lourde porte cochère, trébucha et s’appuya un instant sur mon épaule. Nous sortions du cabinet médical. Je regardai en direction de la rue de Sèvres pour vérifier que mon vélo était correctement attaché. Elle tremblait toujours.
    — Vous allez bien ?
    Elle ne répondit pas, sortit un agenda de son sac, un petit agenda Hermès couleur taupe. Nos regards se croisèrent. Ensuite, comme machinalement, elle consulta l’agenda en tournant les pages à toute vitesse. Peut-être, songeai-je alors, est-elle perdue.
    — Vous allez bien ?
    Elle me fixa enfin. Ses yeux étaient bleus gris avec des éclats jaune pâle. Des yeux de louve.
    — A votre avis ? Ça se voit, non, que je ne vais pas bien.

    Elle fouilla à nouveau dans son sac, en sortit un paquet de cigarettes et un briquet. J’hésitai. Peut-être était-il plus sage de la laisser là, de marcher vers mon vélo, d’en ôter le cadenas et de pédaler jusqu'à là piscine de la rue Eblé.
    — Je ne dors plus, murmura-t-elle. Et vous ?
    — Moi quoi ?
    — Pourquoi êtes-vous venu consulter ?
    — Un certificat médical. Je cours des marathons. Il faut fournir un certificat pour y avoir droit…
    Elle fit un petit signe, à peine perceptible, pour m’indiquer le chemin et nous nous engageâmes rue du Dragon en direction du boulevard Saint-Germain. Je n’osai lui parler de mon vélo et de mon envie d’aller nager.
    — Le médecin m’a prescrit un antidépresseur. Une nouvelle molécule, m’a-t-il dit. Je n’y crois plus trop.
    — Je suis désolé.
    — Faut pas.
    Elle jeta sa cigarette en direction du caniveau, le mégot incandescent sembla se cabrer, rebondit et vint atterrir à quelques centimètres de mon pied gauche.
    — C’est quand votre prochain marathon ?
    — Je ne sais pas. J’avais prévu de courir à New York au mois de novembre mais j’ai un genou en mauvais état. Ulcération du cartilage : une sale blessure.
    — Vous courez trop ?
    — Sans doute.
    — Je devrais faire du sport. Courir, moi aussi. Mais je n’y arrive pas. Mon corps résiste. Et puis, je n’ai pas de volonté.

    Nous atteignîmes le boulevard. Sur la voie de droite, un chauffeur de bus klaxonnait furieusement : une limousine bloquait la circulation. A l’intérieur, sur la banquette arrière, deux hommes discutaient en ignorant le vacarme.
    — Marcher, c’est mieux que rien, dis-je à la jeune femme aux yeux de louve.
    Elle voulut traverser sans attendre que le feu piéton passe au vert. Je l’en empêchai en la retenant par le bras.
    — Oui, il paraît, répéta-t-elle plusieurs fois avec une pointe de résignation dans la voix. Mais toute seule, je n’y arrive pas. En vacances, oui, parfois, mais ici, à Paris, je me trouve toujours des excuses.
    — Et c’est quoi votre excuse aujourd’hui ?
    — Vous voulez dire là, maintenant ?
    — Oui, là, maintenant !
    — J’ai rendez-vous au Flore avec une copine.
    — Annulez. Dites que vous ne vous sentez pas bien. Ou dites la vérité. Dites que vous avez besoin de prendre l’air, de marcher dans le jardin du Luxembourg.
    — Vous m’accompagneriez ?
    Je me tournai vers elle.
    — Pourquoi pas ? Je ne peux pas courir de toute façon.
    Ses yeux brillaient.
    — Finalement, nous sommes tous les deux des éclopés, lâcha-t-elle en souriant.

    Extrait de Runners

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